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Les vagues du burnout

Dernière mise à jour : 22 janv.


Il en va du burnout comme les vagues de l'océan. Même quand le tsunami se calme, les vagues sont encore là. Et comme on a plus beaucoup de forces pour les chevaucher... on tombe... Sortie de chez ma psy (parce que oui les psys vont chez le psy, et c'est mieux...) où j'avais travaillé l'ancrage, je pensais à tout cela. Un burnout, qu'il soit professionnel ou parental, est effrayant. Ça casse. Ça prévient pourtant. Longtemps à l'avance. On commence à s'essouffler plus vite dans les grandes vagues, et puis petit à petit, même les petites deviennent insupportables, même le frémissement de l'onde peut devenir effrayant. Mais alors pourquoi diable ne sort-on pas de l'eau plus tôt ? Parce qu'on ne le voit PAS. Si personne ne nous le dit, n'alerte, ne prend soin, nous ne le voyons pas. Dans cette société où être épuisé est revendiqué, où être submergé est presque "stylé" comme disent les ados, comment dire qu'on en peut plus ? Que même en ralentissant, en prenant des vacances, des pauses, on n'en peut plus ? Le dépassement de soi est le minimum et le management toxique la norme. Alors on continue de mettre plus de ce qui fait mal. Jusqu'au crash. Et là, c'est incroyable, mais d'un coup de clic, le médecin arrête tout. Tout ce qui semblait inarrêtable s'arrête. Brutalement. Et souvent, c'est à ce moment précis que tout lâche. Personnellement, ce n'est pas du soulagement que j'ai vécu, et ce n'est pas de la joie que je vois dans les yeux de mes patientes. C'est de la peur. Qu'est-ce que c'est que ce truc et que vais-je en faire ..?.. Qu'est-ce qui m'arrive ? Je ne suis pas malade, mais je ne peux plus travailler, plus réfléchir, parfois même plus marcher... Petit à petit, on regarde en arrière. Et on voit. On prend conscience de la force des vagues qu'on pensait devoir chevaucher jour après jour. On se dit qu'elles étaient bien trop hautes. Et qu'aujourd'hui, même la vaguelette du bord est déjà trop. Et qu'on ne pourra jamais retourner dans ces vagues là. Mais la question, la vraie, la seule qui va permettre de redémarrer c'est : pourquoi ai-je accepté ces vagues là ? Qu'est ce qui a fait que j'ai pu dire oui à des vagues que personne de censé n'aurait surfé ? Pourquoi ne suis-je pas sortie de l'eau plus tôt ? A mes patientes tout juste arrêtées qui voudrait déjà se remettre en action ("tu n'es même pas malade, tu ne vas quand même pas rester à ne rien faire") je raconte souvent cette anecdote. Un jour d'hiver je marchais sur une de nos plages aussi belles que dangereuses, du côté des Landes. Je voyais un homme en combinaison nager laborieusement vers le bord. Il ne faisait pas de signe, mais quelque chose dans sa façon d'avancer m'interpellait. Pas de surveillant à cette saison, je prêtais donc attention du coin de l’oeil tout en marchant. Je le vis sortir de l'eau et s'effondrer sur le ventre. Je décidais alors de faire demi-tour pour aller le voir. Il n'arrivait pas à reprendre son souffle. Un long moment (il n’avait pas besoin de sauveteur) je restais à ses cotés en lui parlant, en l’aidant à se dégager de sa combinaison. Petit à petit, il passa d'abord assis puis debout et lorsqu'enfin son souffle eut repris un rythme normal, il repartit à pied vers chez lui. Le burnout, c'est la même chose. Une fois dégagé de la vague énorme et dangereuse, une autre histoire commence : celle de la récupération. Et le temps d'être à plat ventre à lutter pour respirer n'est pas à négliger, mais à cultiver. Que penseriez-vous de ce nageur s'il était reparti à plat ventre vers l'eau ? Qu'il était fou non ? Alors, prenons le temps de rester à plat ventre pour doucement respirer et ensuite s'asseoir. Nous ne repartirons jamais vers les mêmes vagues dangereuses. Nous recommencerons à nager, mais dans des eaux différentes, à notre rythme. Et surtout en gardant en tête que, finir à plat ventre sur le sable, c'est presque se noyer. Et que rien ne vaut le coup de prendre ce risque vital… Merci à ma psy pour m’avoir fait ce soir poser les pieds au fond d’une eau plus calme. La thérapie pour moi c’est ça. S’agenouiller auprès de quelqu’un jusqu’à ce qu’il ait réussi à reprendre son souffle pour rentrer chez lui…


 
 
 

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