Les "Glimmers de décembre...
- Christel FOURNIER
- 17 déc. 2025
- 3 min de lecture

J’ai rencontré Deb Dana et la Théorie Polyvagale à un moment de ma vie où tout était compliqué. J’avais quitté l’endroit où je vivais alors - l’océan, mon ancre - pour un endroit qui ne me plaisait pas, dans les terres sèches du Sud-Ouest. Après le Covid, j’avais décidé de tout recommencer ailleurs, y compris mon travail de psychologue en libéral. Je traversais alors ce que Marion Blique appelle « la nuit noire de l’âme ».
C’est à ce moment-là, correctrice pour une maison d’édition, que je « rencontrais » Deb Dana. Deb et ses glimmers…
Glimmers… vraiment un de mes mots préférés en anglais. Les glimmers, ce sont ces petites paillettes qui continuent d’illuminer notre vie quand tout est sombre. En français, on dit les lueurs, moi je préfére les appeler des lucioles. Ça volette, ça émerveille et, si on est attentif, on peut en voir plein. Ce n’est pas de la pensée positive - que je n’aime pas - qui obligerait à voir tout en rose alors que rien ne va, et nierait ainsi notre souffrance et notre sentiment de solitude. Les glimmers, c’est voir un rouge-gorge voleter en riant (je vous assure que les rouges-gorges volètent en riant, je les observe très souvent), faire un vœu en même temps que sa fille sous le ciel étoilé, se blottir dans les bras d’un être cher, recevoir un message d’une amie qui est là, ou regarder un film de Noël avec un bon thé chaud aux épices (mes patientes pourront vous le dire : à cette période, j’ai la fâcheuse tendance à recommander des films de Noël à tout le monde — et c’est prouvé, ça fait du bien ; à défaut, ça les fait rire, et le rire en thérapie, c’est primordial)).
L’émerveillement, c’est pour Deb : « ce qui suscite en nous quelque chose d’éblouissant. Il bouscule nos schémas habituels de pensée, en nous invitant, l’espace d’un instant, à nous extraire de nous-mêmes et de notre manière ordinaire d’être au monde ». Dans notre monde instagrammé, s’émerveiller, c’est faire de grands voyages, découvrir d’immenses paysages ou côtoyer des gens connus, afficher sa réussite sur Linkedin, monter de grands projets et susciter l’admiration. Cette macro-échelle reflétée par tous les réseaux nous éblouit. Mais l’éblouissement, ce n’est pas l’émerveillement. Il en serait même peut-être l’exact opposé. Il ne nourrit pas pareil. La TPV de Stephen Porges nous enseigne que nous naviguons le long d’une échelle polyvagale, allant de l’état de confiance, de connexion et d’engagement social - l’état vagal ventral - à celui de l’activation sympathique, propice à la mobilisation et au mode combat-fuite, pour finir parfois par l’état d’effondrement, le dorsal, ce « repos du guerrier », nécessaire pour rebondir…
L’émerveillement, c’est l’ascenseur de l’échelle qui mène au ventral. Chaque matin, dans mes collines basques, je regarde le soleil se lever différemment (merci la ménopause pour ces réveils précoces ;-). C’est le même paysage. Le même soleil. La même terrasse. Et pourtant, chaque jour, la lumière, les nuages, les ombres sont différents. Une source inépuisable d’émerveillement. Chaque jour, c’est ici que je puise la force de vie pour être là malgré ce monde qui me désespère. Pour moi, pour ceux que j’aime, dont mes patients font partie. Avant Deb, j’avais déjà cette connexion. Mais avec elle, j’ai appris à la cultiver. A cultiver délibérément les glimmers, ces petites lucioles de bonheur et d’émerveillement qui rendent le monde plus beau.
Alors, en cette période de Noël, parfois belle, parfois triste, entouré ou seul, allumer toutes ces petites lumières comme je le fais chaque jour - sur un sapin, un objet qu’on aime bien ou sur un livre - c’est cultiver pour soi une petite chaleur. Allumer les glimmers, c’est nourrir cette petite flamme du Self, qui est une des plus belles choses de l’être humain. Ce petit truc en plus que nous portons tous et qui, pour moi, est ce que nous cherchons à rallumer en thérapie…
Voir article sur la TPV ici…
Commentaires